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Orfeo d'église : Orfeo de Monteverdi

Festival de Saint-Denis, 20 juin 2017, par Frédéric Norac ——

Ce n'est pas la première fois que Leonardo García Alarcón, aborde l'Orfeo de Monteverdi. L'Académie européenne d'Ambronay lui en avait déjà donné l'occasion en 2013 avec un joli spectacle signé Laurent Brethome. La mise en espace de Jean Bellorini ne peut certes rivaliser avec les artifices d'une vraie scène de théâtre. Il faut se contenter de quelques éléments symboliques dont le principal est une grande roue de lumière en fond de scène, élément récurrent venu de l'univers forain cher au metteur en scène, qui figure ici le soleil (Apollon est le père d'Orphée) ou le mouvement céleste et s'associe parfaitement à la thématique néoplatonicienne de l'œuvre. On y ajoutera un portique de néons doublé d'une plateforme qui s'élève pour mettre en valeur les couples de protagonistes, un ensemble de candélabres et deux escabeaux où vont périodiquement se percher les coryphées, bergers ou esprits de la scène des Enfers. Le tout est porté par une direction d'acteurs efficace et quelques mouvements chorégraphiés du chœur qui laissent au spectateur suffisamment d'espace pour libérer son imaginaire.

Comme avec la « Dernière nuit » en 2015, le metteur en scène a recours à deux plateformes roulantes, l'une pour l'entrée du Caron somptueux de la basse Salvo Vitale et son Styx figuré par des aquariums plein de poissons rouges — une idée amusante, mais qui traîne un peu en longueur, l'autre pour la mort d'Eurydice disparaissant derrière un rideau de flammes.

Si l'acoustique de la basilique ne bénéficie pas toujours à la cohérence des grands tutti de l'orchestre, elle est l'un des meilleurs atouts de l'Orphée à la voix claire du ténor italien Valerio Contaldo. Car si son engagement, son registre aigu brillant et la netteté de son articulation compensent un instrument au médium peu timbré, il n'est pas sûr que dans le cadre d'un théâtre sa projection limitée pourrait suffire. Giuseppina Bridelli est une Messagère dramatique à souhait et le mezzo d'Anna Reinhold donne une belle épaisseur à son apparition en Speranza. Elle forme en Proserpine un couple de moindre présence avec le Pluton à la voix un peu en arrière de Konstantin Wolff. D'excellents coryphées et un chœur de chambre de Namur puissant et parfaitement homogène complètent ce plateau d'excellente tenue que domine de son soprano charnu, Francesca Aspromonte, subtile musicienne, d'une expressivité raffinée, aussi captivante en Musica qu'en Euridice. L'on comprend aisément devant un tel talent que le chef n'ait pas résisté à ajouter à son intention un bref lamento venu on ne sait de quel opéra (de Cavalli peut-être, un des chevaux de bataille du chef), mais qui, bien que d'un style nettement  postérieur, complète merveilleusement sa scène de mort.

Le continuo est dominé par la harpe et l'instrumentation choisie par le chef est comme toujours d'une grande originalité. Des tempi fluides, voire assez rapides, donnent à cet Orfeo toute la vie et le mouvement souhaitables.  Cette production très réussie malgré les limites imposées par la dimension du plateau prouvent que le théâtre n'est pas incompatible avec le cadre de l'église, ce que l'on sait depuis le Moyen-Âge, surtout quand il s'agit d'une œuvre aux fortes résonances morales, voire chrétienne, comme cet Orfeo dont la fin se termine sur rien de moins qu'une ascension.

Production présentée à Bruges le 4 août, Ambronay le 15 septembre, Liège le 17 septembre. Le site de la Capella Mediterranea

Frédéric Norac
20 juin 2017

 

Frédéric Norac : norac@musicologie.org. Ses derniers articles : Meyerbeer : le retour ? Le Prophète au Capitole de ToulouseMahler en version sonorisée : changement d'esthétique ou gadgetVampirisation électroacoustique : Dracula de Pierre Henry revisité par Le BalconMusic-hall satanique : Le Timbre d'argent de Saint-SaënsUn couronnement vacillant aux Champs-Élysées : La Reine de Chypre, de HalévyUne bohème soixante-huitardeTous les articles de Frédéric Norac.

 

 

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