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Les Leçons de Ténèbres de François Couperin, par Sandrine Carpentier, Clémence Lévy, Pascal Vigneron

Les Leçons de Ténèbres

François Couperin, Leçons de Ténèbres, messes pour orgue (extraits), Sandrine Carpentier (soprano), Clémence Lévy (soprano), Pascal Vigneron (orgue). Quantum 2017 (QM 7079).

Enregistré à Toul, collégiale Saint-Gengoult et cathédrale, 2017-2017.

11 juillet 2017, par Jean-Marc Warszawski ——

Apparus au viiie siècle, les offices de Ténèbres font courir la bonne société mondaine du xviiie siècle (non sans polémiques). Ces offices sans sacrements sont intégrés aux heures canoniales, au cours desquelles on fait la lecture des 150 psaumes des Testaments. À l'origine, ces offices nocturnes occupaient l'apogée des trois derniers jours des solennités de Pâques (Triduum Sacrum).

On y lisait chaque nuit en première partie Les lamentations de Jérémie, en seconde, saint Augustin et en troisième saint Paul. Mais ce sont surtout les dramatiques Lamentations de Jérémie (Ancien Testament) qui ont marqué cet office et que les compositeurs on quasi-exclusivement mis en musique.

C'était un véritable spectacle participatif, où l'on symbolisait la descente aux Enfers et la Résurrection, le fracas du tremblement de terre, en même temps qu'on éteignait l'un après l'autre les 15 cierges symboliques pour faire place à la lumière du jour, héritage païen et de la peur ancestrale de ne pas voir se lever le soleil.

Les compositeurs, jouissant de liberté expressive et des ressources de l'air de cour, ont livré des chefs-d'œuvre pour l'occasion, ils ont rarement composé les neuf leçons et les parties intermédiaires de ces offices. Les trois Leçons de François Couperin de ce cédé font partie des plus réussies. Elles ont été composées entre 1713 et 1717, pour des religieuses de l'abbaye de Longchamp (lieu prisé pour les rendez-vous de la haute-société), les six autres seraient perdues (ont-elles été composées ?).

Pascal Vigneron est chef d'orchestre, organiste et trompettiste, ancien professeur à l'École normale de musique de Paris, il a créé en 2010 le Festival Bach de Toul. Sandrine Carpentier est passée au chant après avoir accompli des études de flûte au Conservatoire national supérieur de Paris. Elle chante avec prédilection les rôles mozartiens (Pamina, Despina, Zerlina, Bastienne), mais ne boude pas ceux de Strauss, Bizet ou Gounod, sans oublier l'opérette. Elle a une activité de soliste en concert, et y retrouve régulièrement  son complice Pascal Vigneron. Également soprano colorature, c'est par le violon et le piano que Clémence Lévy arrive au chant, mais aussi au théâtre. Si elle ne rechigne pas aux grands rôles de sa condition, les mêmes que ceux de sa collègue des présents Ténèbres, elle affectionne chanter la musique liturgique (messe de Mozart, cantates de Bach, Gounod, Te Deum de Bizet…), elle est aussi attirée par l'opérette, la mise en scène et les récitals théâtralisés.

Ils font honneur à ce chef d'œuvre de musique et de sérénité, de cohérence stylistique, nous sommes comblé par la célébrissime et attendue énonciation, à deux voix si ornées, des syllabes de l'alphabet hébraïque de la troisième Leçon. Les quelques extraits instrumentaux, intermèdes entre les leçons, puisés dans les pièces d'orgue des Messes pour les paroisses et des Messes pour les couvents, de 1690, sont bien choisis, ainsi que la registratio, à quelques exceptions près, assez sombre et lisse, qui rend cette impression de clair-obscur, bien plus angoissante que la nuit elle-même, selon L'Esthétique de la mort, de Michel Guiomar (Corti, 1967). Mais nous savons déjà que de toute façon, le dernier cierge allumé, qui symbolise Jésus, caché un moment derrière l'autel le temps des Enfers et du tremblement de Terre bruité par l'assemblée, ressurgira avec sa petite flamme sous les premiers rayons du soleil, surtout, que ces chants opposant beauté, grandeur assurée, calme arrogant, aux angoisses crépusculaires et aux démons nocturnes, n'y sont pour rien.

Deuxième Leçon, vaud, plage 10 (extrait).

 

Troisième Leçon, jod, plage 17 (extrait).

 

Première Leçon (soprano et orgue)

1. incipit lamentatio
2. aleph
3. beth
4. ghimel
5. daleth
6. he
7. Jerusalem

8-9. Messe pour les paroisses (extraits) Kyrie Benedictus en taille

Deuxième Leçon (soprano et orgue)

10. vau
11. zain
12. heth
13. i teth
14. Jerusalem

15-16. Messe pour les couvents (extraits) Kyrie ; Cromorne en taille

Troisième Leçon (2 sopranos et orgue)

17. jod
18. caph
19. lamed
20. mem
21. nun
22. Jerusalem

Les offices de Ténèbres

Biographie de François Couperin

Jean-Marc Warszawski
11 juillet 2017

 

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Mercredi 12 Juillet, 2017 3:24