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Le 12e Festival Pianissimes a vécu

Domaine des HautannesDomaine des Hautannes. Photographie D. R.

Par Strapontin au Paradis, 8 août 2017 ——

Comme chaque année, les concerts Pianissimes retournent à la fin juin à leur berceau, dans la région lyonnaise. Après une « avant-première » en duo flûte-piano (Jocelyn Aubin et David Violi), le festival s'ouvre le 21 juin avec un concert participatif où des amateurs partagent la scène, et les incontournables concerts pédagogiques les 22 et 23 juin, autour du Carnaval des animaux de Saint-Saëns.

Le duo Jatekok, Naïri Badal et Adélaïde PanagetLe duo Jatekok, Naïri Badal et Adélaïde Panaget, aux pianissimes. Photographie D. R.

Nous arrivons pour la soirée du vendredi 23 juin, pour le duo Jatekok qui joue son programme « la danse » pour la dernière fois. Sur la scène en plein air du domaine des Hautannes, Naïri Badal et Adélaïde Panaget font danser avec fraîcheur leurs doigts au rythme de Grieg (Danses norvégiennes), de Barber (Souvenirs), de Borodine (Danses polovtsiennes) et de Ravel (Rhapsodie espagnole). Ces musiques, toutes inspirées de folklores locaux, sont de véritables polyphonies de couleurs. Et les deux pianistes leur rendent grâce, tel un magnifique arc-en-ciel. Les arbres participent à ces danses avec des froissements de feuilles en guise de frou-frou de robes, et des klaxons de voitures, lointains, donnent l'accent aux danses des Polovtses. Dans le programme, les Souvenirs de Samuel Barber attirent doublement attention, pour leur rareté en concert d'une part, d'autre part pour leurs « pas » : Waltz, Schottische, Pas de deux, Two-steps, Hesitation Tango, et Galop. L'interprétation est pleine d'esprit, tantôt chic, tantôt espiègle, au parfum à la fois moderne et nostalgique. En bis, La Danse de sabre de Khatchatourian, « Le jardin féérique » de Ravel, extrait de Ma mère l'Oye, et la transcription de l'Actus tragicus (cantate BWV 106) de Bach par Kurtag, un clin d'œil au nom du duo « Jatekok », tiré de l'une des œuvres du compositeur.

Le Trio Piketty au pianissimesLe Trio Piketty au pianissimes. Photographie D. R.

Samedi 24 à 17 heures, à l'église de Neuville-sur-Saône, le Trio Piketty (Guillaume Durand-Piketty au piano, Marianne Piketty au violon et Johannes Gray au violoncelle) offre une magnifique cascade musicale. Ils expriment si bien le caractère tragique de la 21e sonate de Mozart — écrite au cours de son deuxième voyage à Paris où il dut affronter la mort de sa mère —, ainsi que le pittoresque des trois pièces des Fantasiestücke opus 73 Schumann. Mais le clou de la soirée est dans le trio en la mineur opus 50 de Tchaïkovski. L'élégance cède progressivement au funèbre, avec de formidables tensions à longue haleine, tout au long des variations, comme si les trois interprètes tiraient un gigantesque arc dont la flèche tombe à la fin, impuissante et désolée, incapable de résister à toute la charge qu'elle accumulait. Nous y avons découvert un remarquable violoncelliste américain originaire de Chicago, Johannes Gray, qui étudie actuellement au Conservatoire national supérieur de Paris. Poésie et fureur cohabitent en lui et sa technique permet d'exprimer toutes les nuances, tout comme le pianiste Guillaume Durand-Piketty qui se distingue par la grande fluidité dans le discours. Ce fut un grand moment d'émotion.

Cédric Tiberghien aux pianissimesCédric Tiberghien aux pianissimes. Photographie D. R.

Le même jour, en soirée à 20 heures 30, avec Cédric Tiberghien, nous vivons un autre grand moment, de prestige. Deux œuvres majestueuses, l'une, par miniatures des 24 préludes de Chopin et l'autre, par l'épopée de la sonate de Liszt. Complètement dans la musique, le pianiste s'engage à corps perdu dans le jeu de clair-obscur et de majeur-mineur pour de merveilleux contrastes entre les 24 pièces. De l'instrument, superbement réglé, il tire une sonorité limpide à texture chaude ; le dolce, crémeux, est suave au plus haut degré. Cela permet d'échapper à une brutalité impropre que l'on entend si souvent, même pour les pièces les plus âpres, sans en dénaturer le caractère déchirant ou désespéré. C'est donc tout un art d'interprétation, dans une maîtrise pianistique prodigieuse, que montre Cédric Tiberghien. Son art est poussé à l'extrême dans la sonate de Liszt, et il ne nous laisse jamais un seul instant de répit. Nous retenons littéralement notre souffle, en attente constante de ce qui advient, même si nous connaissons parfaitement la partition. Bref, la magie s'opère via ce boîtier noir, et nous sommes totalement sous le charme de la musique que ses doigts font résonner

Melanie Dahan et le Jeremy Hababou QuartetMelanie Dahan et le Jeremy Hababou Quartet. Photographie D. R.

Le traditionnel concert du jazz du dimanche matin est confié à Mélanie Dahan & Jeremy Hababou Quartet. Un petit-déjeuner offert donne une atmosphère plus que conviviale, et comme à l'accoutumée, on s'installe sur les transats et les chaises sous les arbres qui entourent la scène, en évitant soigneusement les rayons du soleil déjà forts, pour apprécier la musique de manière très décontractée. De standards comme (The Man I love) de George Gershwin  et (Round Midnight) de  Thelonious Monk,  jusqu'à Claude Nougaro (Cécile ma fille) et Michel Legrand (La chanson de Maxence) la voix légèrement rauque mais sensuelle de Mélanie Dahan se conjugue avec le piano de Jeremy Hababou, la contrebasse de Jérémy Bruyère et la batterie de Philippe Maniez. Le pianiste offre en première mondiale, au public des Pianissimes, ravi, sa dernière composition La possibilité d'une île, sur le texte de Michel Houellebecq. Un quatuor harmonieux, renforcé par une grande présence scénique de la chanteuse.

Lionel Morales-Herrero aux Pianissimes. Photographie D. R.

Pour clôturer le festival, Lionel Morales-Herrero, 1er prix du 8e concours international de piano de Lyon, donne un récital coloré sur la même scène du domaine des Hautannes. Né en 1995 à Madrid, il se produit en soliste dès l'âge de 15 ans dans le 1er concerto de Prokofiev, le 1er concerto de Tchaïkovsky et le 4e concerto de Beethoven, parallèlement à ses études à la faculté de musique Alfonse X sous la direction de son père Lionel Morales. Les prix qu'il a obtenus sont nombreux : concours internationaux de Lyon et MozArt (2016), concours ClaviCologne et concours international de Milan (2015), concours A. Scriabine (2014), concours international César Franck (2012), concours Gina Bachauer et Santa Cecilia (2010). Son jeu est marqué par le sens du rythme et la vivacité, comme son interprétation de La Valse de Ravel, plus animée que fluide ; mais ce n'est absolument pas un cliché, comme trop souvent attribué aux artistes espagnoles. Il a un atout, son naturel, qui confère à chaque partition une touche bien personnelle. Ce qu'il a prouvé dans Schumann (Humoresque), dans Prokofiev (8e sonate) et surtout, dans Granados (L'Amour et la Mort, extrait des Goyescas).

Tout au long du festival, on a le plaisir de voir les artistes prendre le micro pour un commentaire ou une explication des œuvres qu'ils interprètent. Il s'agit bien là d'une autre tradition qui se pratique au cours de la saison parisienne et lyonnaise, que le Trio Piketty ouvre le 11 septembre au couvent des Récollets à Paris, avec le trio de Tchaïkovski. Au cours de la saison, les mélomanes pourront entendre notamment Tanguy de Williencourt (piano) et Bruno Philippe (violoncelle) le 20 octobre à la salle Gaveau , Vikingur Olafsson (voir notre chronique sur Lille Piano(s) Festival) le 13 novembre aux Récollets avec son programme du moment Bach/Glass, Alessandro Deljavan le 18 décembre aux Récollets (Variations Goldberg) et également George Li (2e prix du Concours Tchaïkovski 2015) le 19 mars aux Récollets.

 Strapontin au Paradis
8 août 2017

 

Strapontin au Paradis [sap@musicologie.org]. Ses derniers articles : Le jour le plus long à VézelayLille Piano(s) Festival 2017 : encore plus d'éclectisme joyeuxLille Piano(s) Festival : Récitals solo et duoLe Rivage des voix : festival pour la voix dans tous ses étatsAlexandre Kantorow, Aurélien Pascal, Andrew Tyson au couvent des récollets de ParisBeethoven entre l'amour et la guerre : Orchestre des Champs-Élysées et Philippe Herreweghe à Saintes — Tous les articles.

 

 

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Mardi 26 Septembre, 2017 2:33