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Kein Licht (2011/2012/2017) : l’opéra pamphlet de Philippe Manoury

Kein Licht, opéra comique. Photographie © Vincent Pontet.

Opéra-Comique, 18 octobre 2017, par Frédéric Norac —

Après la Ruhrtriennale où il a été créé en août dernier puis l'Opéra du Rhin qui l'a repris en septembre dans le cadre du Festival Musica, Kein Licht (Pas de lumière), le dernier opéra de Philippe Manoury aborde enfin à l’Opéra-comique qui en est le premier producteur et le commanditaire. Baptisé « Thinkspiel », jeu de mots sur « thinktank » et « Singspiel » par ses créateurs, le compositeur lui-même et le metteur en scène Nicolas Stemann, cette pièce « à penser » se veut une charge contre le nucléaire et la dérive énergétique qui conduisent notre univers tout droit à l'apocalypse. Basée sur une pièce d’Elfriede Jelinek, où l'auteure lance une sorte d’appel à la conscience universelle, suite à la catastrophe de Fukushima, elle est complétée par un texte polémique de 2017 contre Donald Trump (L'Unique et sa propriété) en qui la Prix Nobel de littérature voit l'ultime avatar de la décadence politique et le destructeur potentiel de la planète.

Kein Licht, opéra comique. Photographie © Vincent Pontet.

L'épisode final évoque en effet le conflit larvaire entre les États-Unis et la Corée du Nord et s'achève sur rien moins qu'une explosion de la terre. On le voit, les idées ne sont pas très originales et la démonstration hélas est à l'avenant. Formellement, la pièce accumule les clichés de la « Regietheater » appliqués à une forme qui nous renvoie au théâtre musical des années 1970-1980, mêlant textes parlés et numéros musicaux et utilisant toutes les technologiques possibles en une sorte d'auto-ironie. La production n'a pas lésiné sur les moyens : vidéos, création visuelle en 3D, électronique musicale, marionnettes, intervention en direct du compositeur... et même un black-out total du plateau suite à une spectaculaire inondation...

Bref les deux heures que dure le spectacle ont un petit côté inflationniste qui finit par tirer en longueur. Le final qui s'étire encore un quart d'heure après que les comédiens qui en assurent le fil conducteur en ont annoncé la fin, est un symptôme caractéristique d'une dramaturgie piégée par son propos et qui ne sait plus trop comment s'en sortir. En guise de conclusion, l'allégorie du couple quittant la terre dans un vaisseau spatial aux allures de calamar semble tout juste digne d'une pochade télévisuelle. Si l'humour tient une grande place dans la partie théâtrale et fait parfois passer la lourdeur du propos, il n'est pas toujours lui-même d'une grande légèreté.

Kein Licht, opéra comique. Photographie © Vincent Pontet.

La musique de Philippe Manoury se situe, en revanche, essentiellement sur le versant lyrique. Malheureusement, elle est un peu noyée dans le fatras visuel et ne parvient à en émerger que par intermittences. On notera de belles trouvailles comme l'utilisation en ouverture de la plainte d'un chien puis en contrepoint d'un superbe ensemble pour quatuor vocal, deux lamentos captivants portés par le timbre chaud de la contralto Christina Daletska, une écriture vocale de toute beauté qui met largement en valeur un quatuor de haut niveau dont l'unique voix masculine est le baryton Lionel Peintre aussi convaincant en chanteur qu'en comédien. On reconnait dans l'écriture orchestrale le goût du compositeur pour la spatialisation, le mélange de l'acoustique et de l'électronique et un métier incontestable mais cela ne suffit pas tout à fait à rendre convaincant ce spectacle où les idées téléphonées, où les clichés, les facilités nuisent à un propos dont on ne niera pas, au-delà d'une certaine naïveté, le bien-fondé mais qui aurait mérité une approche théâtrale un peu moins éclectique.

Prochaines représentations les 19, 21 et 22 octobre.

Retransmission en direct sur Arteconcert le 21 octobre. À réécouter sur http://www.francemusique.fr

 

Frédéric Norac
18 octobre 2017

 

Frédéric Norac : norac@musicologie.org. Ses derniers articles : Ambronay 2017 : Vitalité et renouvellementEnterrement de première classe : Miranda d'après PurcellUne Lucia en demi-teintes : les débuts parisiens de Jessica Pratt Orfeo d'église : Orfeo de Monteverdi —— Meyerbeer : le retour ? Le Prophète au Capitole de ToulouseMahler en version sonorisée : changement d'esthétique ou gadgetTous les articles de Frédéric Norac.

 

 

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Vendredi 20 Octobre, 2017 1:57