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Florent Nagel, Lewis Caroll, Alice et Satie au pays des merveilles

Florent Nagel, Alice au pays des merveilles : Forent Nagel et Joanna Marteel (piano 4 mains), Yves Penay (récitant). Azur Classical 2016 (AZC 147).

Enregistré eu Conservatoire de Châtenay-Malabry, 6-7 février 2016.

17 février 2017, par Jean-Marc Warszawski ——

Depuis sa création en 2012, le conte musical Alice au pays des merveilles de Florent Nagel, sur le célèbre texte de Lewis Caroll, a dû être donné une bonne centaine de fois (150, 200 ?) en public, dont une version en espagnol lors d'une tournée au Mexique. Il est encore programmé dans les semaines à venir, avec les créateurs ou d'autres interprètes, à l'Auditorum de Vincennes et dans quelques lieux parisiens : École de l'Art D. Bloch, Grand Palais, 4 représentations au Théâtre Comédie Nation, à Musicora, le salon de la musique à la Grande Halle de la Villette.

Dans ce cédé, on retrouve les créateurs de l'œuvre : le compositeur au coude à coude au piano avec sa collègue Joanna Marteel, et le comédien Yves Pernay, dans un texte qui n'est certes pas l'original, mais qui en suit l'essentiel dramatique, discursif, et reste fidèle à bien des tournures littéraires succulentes, selon la première traduction française de 1869.

C'est efficace, ça marche, on en redemande même. La musique, plus décor émotif ou atmosphérique qu'illustration en soi, affirme une unité d'écriture malgré les découpages en épisodes et en séquences (41), et se développe dans les intermèdes. Ce sont de courts mouvements, comme la belle et lente chute d'Alice dans le terrier du lapin. On y retrouve le goût de Florent Nagel pour le répétitif un peu têtu, un peu mauvaise tête (comme dans l'introduction), qui convient bien ici à ce monde onirique proche de cet esprit dit enfantin aimant passer les doigts dans les pots de confitures (celui qu'Alice attrape sur une étagère est vide), et répétant inlassablement des gestes, des bruits, des mots, pour voir si ça passe, si ça casse, pour voir. Évidemment, le format du cédé et de l'œuvre ne permettent pas d'en faire trop.

Ce répétitif n'est pas celui des Américains répétitifs, je me demande si Florent Nagel n'est pas le descendant d'Erik Satie qui n'a pourtant pas eu de descendance : attendre le résultat des tests ADN. Au moins on y retrouve quelques accents : autre exemple avec l'arrivée d'Alice dans la grande salle pleine de portes qui sonne un peu avec l'esprit d'Ogives du maître d'Arcueil…

En réalité, David Christoffel, qui vient de publier un livre sur Satie, évoque la poétique cubiste1 du compositeur, au regard des indications dans ses partitions et de sa littérature essentiellement épistolaire. Cette idée me plaît beaucoup, et peut fort bien être rapportée au récit de  Lewis Caroll. En effet, le cubisme est, entre autres, un déplacement des objets de leur position normale, une déformation des corps, comme le corps d'Alice se transforme, grandit, rapetisse, ou que son coup s'allonge démesurément, mais il joue aussi d'assemblages et de déplacements étonnants, comme les annonces de châteaux à vendre que Satie dessinait, avec les murs en pierre et le toit du même métal, ou la banalité chez Caroll d'un lapin blanc aux yeux roses regardant sa montre à gousset. Satie peu se rouler en rond, sauter sur ses épaules et nous conseiller d'entrer en nous-mêmes, Alice à la sensation d'entrer en elle-même comme un télescope. Ce sont là deux poétiques qu'on peut rapprocher.

Non pas maître d'Arcueil, mais de Rueil-Malmaison, Florent Nagel est issu su Conservatoire de Lille et du Conservatoire royal de Bruxelles. Il a eu la chance d'étudier la composition à Paris avec Claude Ballif et l'harmonie avec Marcel Bitch. Depuis une dizaine d'années, il développe une carrière de concertiste international.

Joanna Marteel est également concertiste et très active dans la vie associative et la création de spectacles interdisciplinaires, après avoir enseigné en Inde à l'Institute Music and Arts de Bangalore.

On a pu voir Yves Penay, excellent récitant en musique, sur les scènes privées ou nationales, au cinéma (Bleu, de Kieslowski, Adieux à la reine) à la télévision (Les misérables, Le comte de Monte-Cristo, Julie Lescaut, Boulevard du Palais). Son activité, y compris à la tête de sa propre troupe, a été récompensée par les Palmes académiques.

Florent Nagel, Alice au pays des merveilles, introduction (plage 1).

 

 

Jean-Marc Warszawski
17 février 2017

 

1. Christoffel David, Ouvrez la tête (ma thèse sur Satie). Éditions MF, Paris 2017.

 

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bouquetin

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