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Éliane Reyes et Jean Claude Vanden Heynden : du romantisme à Brahms en deux pianos

Éliane Reyes, Jean-Claude Vande Heynden, Sonates pour deux pianos, Brahms, Bargiel, Brüll. Azur Clasical 2017 (AZC 153).

18 mai 2017, par Jean-Marc Warszawski ——

Passé par le Conservatoire Royal de Bruxelles et la Chapelle musicale, Lauréat du Prix Reine Élisabeth à l'âge de 16 ans, Jean-Claude Vanden Heynden est un chambriste et un professeur recherché, peut-être au détriment de sa stature de soliste et de récitaliste.

De Verviers, entre Liège et la frontière allemande, Éliane Reyes a été vissée sur le tabouret du piano par sa mère pianiste, puis a été l'élève de Jean-Claude Vanden Heyden, notamment au Conservatoire Royal de Bruxelles. Lauréate de la fondation Cziffra, elle mène une carrière internationale, plusieurs de ses disques ont été salués par la presse spécialisée.

Pour ce cédé et leurs deux pianos, ils ont choisi le romantisme, si on veut bien donner un sens musical à ce terme, qui peut évoquer une filiation esthétique du dernier Beethoven à Brahms, en réaction à l'héritage du classicisme italianisant de l'école dite à juste titre de Vienne, avec entre autres Schubert, Clara et Robert Schumann, Fanny et Felix Mendelssohn, Liszt, Wagner. Il s'agit en fait d'une recherche d'enracinement local, par la poésie, les mythes et es légendes germanique, le développement amblématique de l'art du Lied, les idiomes musicaux populaires. On détourne les yeux de l'Italie (sauf de ses ruines qui sont si romantiques), pour tendre l'oreille vers le vieux Bach, ses thèmes populaires, son harmonie chromatique et son art du morcellement thématique.

Encore bien jeune, en 1856, Johannes Brahms a déclaré à Zemlinski: « De Bach à moi, c'est comme cela que la musique s'est faite ! ». On sait combien a compté la création de la Passion selon saint Matthieu; de Bach, pour Fanny et Felix Mendelssohn vingt-sept ans plus tôt.

Le programme s'ouvre sur la sonate pour deux pianos opus 34a de Johannes Brahms. En premier lieu un quintette à cordes composé en 1862 qui ne convainc pas les amis du compositeur, dont la follement aimée Clara Schumann et le violoniste Joseph Joachim. L'œuvre est recousue vers 1864, en une sonate pour deux pianos, bien mieux accueillie, mais tout de même, selon Clara, il y a tant de musique, une telle densité, que l'orchestre serait peut-être nécessaire. Ce sera en fin de compte un quintette avec piano, qui fait alors l'unanimité. Mais Brahms reste attaché à sa sonate qu'il donne à l'édition en 1872.

Éliane Reyes et Jean-Claude Vanden Heynden lui donnent amplement raison, leur jeu particulièrement égal — une marque de fabrique de la maison — ne noie rien des parties intérieures, et ils démentent la monotonie de timbre que des proches de Brahms avaient évoqué. C'est une œuvre qui repousse les murs et les fait tomber d'admiration dès le Scherzo.

Avec cette gigantesque sonate en épaisseur, flux d'imagination et longueur (40 minutes), les pianistes proposent deux autres sonates de deux compositeurs quasiment inconnus, qui eurent leur heure de notoriété méritée.

La sonate opus 23 (sur une cinquantaine d'œuvres) de Woldemar Bargiel, le demi-frère de Clara Schumann, qui a travaillé avec Brahms pour les éditions des œuvres de Schumann et de Chopin, une pièce à l'ADN sans aucun doute romantique, apaisée, heureuse, qui ne cherche pas les frontières, mais d'une magnifique élégance mélodique, elle s'achève en un signe léger.

La sonate opus 21 d'Ignaz Brüll, proche de Brahms en amitié et en musique, né en Moravie, à la tête d'un catalogue d'une centaine d'œuvres, qui montrent son intérêt pour les tournures et danses populaires, comme la mazurka. Le premier mouvement rhapsodique est un chef d'œuvre de lyrisme inspiré aux accents venus du Nord-Est, mais dont le flux ne passe pas dans les deux mouvements suivants, lesquels, sans démériter musicalement, semblent plus des pièces rapportées que des mouvements de la même sonate, avec un troisième mouvement dansant de rattrapage.

Un cédé qui sans aucun doute attire l'oreille et son plaisir. Prévoir une séance fauteuil, ou plus si affinités, convient aussi à l'autoradio et au baladeur.

Ignaz Brüll, Sonate pour deux pianos opus 21, premier mouvement Allegro (extrait), plage 8.

1-4. Johannes Brahms, sonate pour deux pianos, opus 34, en fa mineur.

5-7. Woldemar Bargiel, sonate pour deux pianos, opus 23, en sol majeur.

8-11. Ignaz Brüll, sonate pour deux pianos, opus 21, en mineur.

Jean-Marc Warszawski
18 mai 2017

 

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