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Dualità, le nouveau cédé du pianiste Silas Bassa

Silas Bassa, Dualità, œuvres de Messiaen, Silas Bassa, Glass, Berio, Duckworth, Ravel, Nobre, Bach. Paraty 2017 (817235).

Enregistré en janvier 2017 au studio Malambo de Bois-Colombe.

25 novembre 2017, par Jean-Marc Warszawski ——

Silas Bassa est né en Argentine, s'installe sur le tabouret du piano à l'âge de cinq ans,  entre au conservatoire de région trois ans plus tard, avant d'intégrer le Conservatoire national de Buenos Aires où il obtient le premier Prix de piano. Il bénéficie d'une bourse pour étudier avec Bruno Leonardo Gelber en Europe. Il se fixe à Paris en 2002 pour étudier avec Monique Deschaussées. Peut-être partage-t-il avec elle une certaine attirance pour la spiritualité, certainement de la réserve quant à la virtuosité explicite ou démonstrative.

Cela se traduit par le goût des pièces courtes, concentrées sur leurs thèmes, peu digressives, la musique répétitive par excellence, offrant de ce point de vue un effet de pureté. Il a aussi,  peut-être, en filigrane philosophique, une vision d'un monde assez statique, où d'un agencement de moments statiques, un monde peu hégélien ou peu dialectique, à la manière d'une mécanique céleste. Un artiste un peu grec de l'Antiquité, qu'on écouterait volontiers à Herculanum ou à Pompéi (des sites également répétitifs), le soir, surtout le soir, car il a le goût de l'ombre, précisément du clair-obscur crépusculaire, ce moment dangereux  où jour et nuit se croisent au vestiaire et où tout pourrait se coincer.

Il est élégant de sa personne, comme son maître Bruno Leonardo Gelber qui en a pris lui-même le plis, embarqué dans la vie mondaine de sa professeure Marguerite Long (une personne laide, mais sentant merveilleusement bon se rappelle Gelber). L'ostentation en moins. Ses récitals, discrètement mis en scène, en images, en lumières, ont la même élégance retenue, qui ne perturbent pas la nécessaire prise en doigts fonctionnelle du piano et de sa musique, entre clair et obscur.

Cet enregistrement, Dualià évoque comme le premier, Oscillations, l'entre-deux. Son, agencement programmatique, en pièces brèves formant une fresque cohérente, voire ininterrompue en quasi-fondu enchaîné,  est également identique et tout aussi élégante que le cédé précédent.  On y retrouve des pièces de Philip Glass le maître du genre répétitif, et de Silas Bassa lui-même, avec en passant un bel hommage à Stravinsky en des réminiscences du Sacre du printemps, on y retrouve aussi  le rare William Duckworth, la partie tractant la farandole : Messiaen, Berio, Gorecki, Bach, le tango obligatoire, et le Gibet, celui du Gaspar de la nuit de Maurice Ravel, avec le poème d'Aloysus Bertrand lu par Nita Klein, un très joli petit moment dans un joli et long moment musical.

Jean-Marc Warszawski
25 novembre 2017

 

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