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Double retour aux Champs-Élysées : Le retour d'Ulysse dans sa patrie

Le retour d'Ulysse. Photographie © Vincent Pontet.

Théâtre des Champs-Élysées, 3 mars 2017, par Frédéric Norac ——

Paris n'avait pas revu ce Retour d'Ulysse (Claudio Monterverdi) depuis 2002 et la production très vantée d'Adrian Noble et William Christie, créée au Festival d'Aix et rejouée pour quelques représentations à l'Opéra-Comique. De cette production très sobre, il ne nous est resté qu'un seul souvenir, celui de la scène bouleversante des retrouvailles d'Ulysse et de son fils à l'acte 2. C'est un tout autre registre qu'adopte Mariame Clément dans sa mise en scène qui joue souvent la carte de l'humour, quelque part entre Regietheater et culture populaire, émaillant sa vision décalée de références à la comédie musicale : rideau pailleté ; Minerve descendant des cieux sur un canapé ; massacre des prétendants parmi les distributeurs automatiques d'un décor de cafétéria, nymphes et naïades en girls façon Lido, etc. Autant de touches qui viennent rompre ce qui peut-être, pris au premier degré, pourrait sembler un peu long et monotone.

Le décor de palais néo-classique en déchéance où se concentre l'action fait régulièrement apparaître au fil de ses transformations un petit théâtre dans le théâtre. C'est là que dans une ambiance familière de café d'habitués les dieux de l'Olympe règlent le sort des humains, tout en jouant aux fléchettes et en buvant d'abondance. Ils finissent du reste tous ivres morts au dénouement où la metteuse en scène semble nous suggérer, avec cette image de Jupiter épuisé, soutenu par une Minerve à la robe ensanglantée, leur crépuscule et leur disparition au profit d'un monde pacifié où l'homme a enfin retrouvé sa liberté et un rapport de confiance avec la divinité.

Le retour d'Ulysse. Photographie © Vincent Pontet.

Reconnaissable sous sa fausse calvitie et sa barbe postiche, à son timbre et à son émission toujours un peu tendue, Rolando Villazon n'a pas nécessairement retrouvé toute l'étendue de sa voix en changeant de répertoire. Son registre central puissant de ténor lyrique donne une forte présence au rôle-titre mais l'aigu fixe et durci limite souvent le personnage à sa dimension héroïque. L'Eumée de Krešimir Špiček avec qui il partage de nombreuses scènes, possède une tout autre souplesse vocale et une variété de registres autrement étendue. La Pénélope de Magdalena Kožená ne manque certes pas de style et de qualités vocales intrinsèques mais le personnage peu évolutif, cantonné dans un registre assez uniforme où dominent la mélancolie et le sérieux, peine un peu à s'imposer dans le contexte de cette mise en scène.

C'est du reste une des particularités de cette production et sans doute sa plus grande qualité que l'importance prise par la galerie des seconds et des petits rôles, parfois même au détriment des protagonistes. Se distinguent particulièrement les prétendants dont le trio est dominé par l'impressionnante basse de Callum Thorpe, mais Lothar Odinius qui incarne aussi Jupiter et le contre-ténor Maarten Engeltjes, également  la Fragilité humaine du prologue, ne sont pas en reste. Parmi une belle brochette de ténors tous excellents, on distinguera particulièrement l'Iro de Jörg Schneider en glouton de fast-food dont les apparitions sont à compter parmi les scènes de caractère les plus réussies de la mise en scène. On citera encore le Neptune batelier de Jean Teitgen. Du côté féminin, personne ne  démérite, mais la Minerve volontaire et brillante, aussi virtuose qu'expressive, d'Anne Catherine Gillet, est la seule à s'imposer vraiment de façon inoubliable. Une mention encore l'excellent Télémaque juvénile de Matthias Vidal.

Le retour d'Ulysse. Photographie © Vincent Pontet.

Sous la conduite inspirée d'Emmanuelle Haïm, le Concert d'Astrée est l'autre grand triomphateur de la soirée, avec un continuo toujours extrêmement varié et inventif, une souplesse et une dynamique qui apportent toute la vie souhaitable à une œuvre longue (près de 3 heures) et dont le premier acte peinait un peu à s'animer.

Prochaines représentations les 6, 9 et 13 mars. Retransmission sur France-Musique le 26 mars à 20h.

Filmé les 6 et 9 mars, le spectacle sera diffusé le 13 mars à 19h30 par Culture Box, sous-titré en français, disponible 6 mois ; Medici TV, sous-titré en anglais et disponible 6 mois ; France 2 pendant l'année 2017.

Reprise à l'Opéra de Dijon les 21 mars et 2 avril 2017

Frédéric Norac
3 mars 2017

 

Frédéric Norac : norac@musicologie.org. Ses derniers articles : Création à l'Athénée : Je suis un homme ridicule, un opéra d'après DostoïevskiJonas Kaufmann, le retour : Lohengrin à l'Opéra-Bastille — Musica femina : Isadora, Wanda, et quelques autres à Saint-LeuAux limites de l'hystérie : Les chevaliers de la Table ronde à l'AthénéeKalîla wa Dimna : un Orphée politique — Don Giovanni au Théâtre des Champs-Élysées : mort et résurrectionIdylle tahitienne : L'Île du rêve de Reyaldo Hahn — Tous les articles de Frédéric Norac.

 

 

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Lundi 6 Mars, 2017 14:43