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Chih-Hsiang Chu donne beaucoup et promet encore davantage

Chih-Hsiang Chu à Vitteaux. Photographie © D. R.

La Grange du Prieuré, Vitteaux (Côte-d'Or), 29 janvier 2017, par Eusebius ——

Peut-être avez-vous entendu parler de Coline-en-Ré… Depuis maintenant six ans, cette association organise un concours de piano — les Virtuoses du Cœur — qui met en relation de jeunes artistes en fin d'études ou en début de professionnalisation1 et des associations caritatives. Ainsi sont financés des projets concrets dont bénéficient essentiellement des enfants en danger. Pour la troisième année, à Vitteaux, humble bourgade de Côte d'Or, les propriétaires d'une belle demeure — eux-mêmes musiciens — mettent leur « grange » (un auditorium confortable et chaleureux) et un beau Bösendorfer à la disposition des artistes participant à ce concours.

Beethoven, pour commencer avec la belle sonate en la majeur, opus 101. Le numéro d'opus n'est pas indifférent : c'est un passage, c'est le début d'une nouvelle période, plus riche en créations qu'aucune des précédentes. C'est aussi « l'entrée par effraction de la fugue dans l'univers de la sonate »2. La maîtrise de Chih-Hsiang Chu ne s'affirmera réellement qu'à partir du 2e mouvement, mais avec quelle force ! La progression du canon final, la lisibilité de chacune des parties forcent l'admiration. Avant l'extraordinaire fugue conclusive de l'allegro ma non troppo, l'adagio méditatif, apollinien, sans pathos aura préparé la polyphonie vivante de cette magnifique conclusion. Du grand Beethoven, manifestement.

De Chopin, la célébrissime deuxième ballade, en fa majeur. Le calme rêveur de l'andantino, voulu inexpressif, puis l'abrupte rupture du second épisode font forte impression. Rares sont les pianistes qui osent un presto con fuoco aussi enlevé, aussi énergique. L'expression est juste, contrastée à souhait, étale comme d'une puissance rageuse singulière. Retour au charme et à la douceur pour une fin apaisée. Pas de grandiloquence, ni de pose : la musique est suffisamment forte pour en faire l'économie.

Brahms n'a que vingt ans  quand il écrit ses 4 ballades (1853). La première, puissamment tragique, descriptive, est souvent donnée, à juste titre. La deuxième porte la marque de l'influence des Schumann (qu'il vient justement de rencontrer). La plénitude du jeu du soliste, sa densité servent remarquablement Brahms et ses couleurs singulières.

Pour couronner le tout, une sonate dont c'est le centenaire : la troisième de Prokofiev, en la mineur. Œuvre de jeunesse retravaillée ? C'est ce que disent les ouvrages spécialisés, mais à la lecture comme à l'écoute, rien de transparaît de cette jeunesse, si ce n'est cette énergie tellurique, cette volonté implacable qui la traverse. Le drame à dimension symphonique, les martèlements du premier mouvement, caractéristiques de l'écriture « sauvage » de Prokofiev, font place à un moderato très contenu, lyrique sans effusion malgré des progressions spectaculaires. L'allegro tempestoso, d'une force inouïe, et la coda paroxystique nous emportent.

Les acclamations d'un public conquis lui valent la reprise — mûrie — du premier mouvement de la sonate de Beethoven.

Chih-Hsiang Chu est taïwanais. À 25 ans cette année, il a déjà glané de nombreux prix, dans son pays, bien sûr, mais aussi en Europe. Après un cycle de perfectionnement à Lyon, il y travaille, au CNSM, dans la classe de Laurent Cabasso et Hélène Bouchez. Son intelligence musicale, servie par sa maîtrise technique, lui permet une expression puissante — il creuse et cisèle le son — construite et convaincante. Une belle carrière s'ouvre à lui.

Eusebius
1er février 2017

1. jouant bénévolement ;

2. Jörg Demus, Les sonates de Beethoven, p. 184 ;

Eusebius, eusebius@musicologie.org, ses derniers articles : Pour Bruckner, avec Les Dissonances et David GrimalIvresse des sommets, avec Thomas Bauer dans SchubertRoger Muraro se pose en BourgogneBach dans ce qu'il a de plus intime, plus que jamais… — American Classics, avec Sharon Kam et l'Orchestre Dijon-BourgogneDes pissenlits par la racine, ou Orphée dans la taupinièreTriomphale création française de Sheherazade 2, de John AdamsPlus sur Eusebius.

 

 

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Lundi 6 Février, 2017 3:43