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Enthousiasmé par One charming night : Ian Bostridge et Christophe Rousset

 

Opéra de Dijon, Auditorium, le 13 mars 2016, par Eusebius ——

Les baskets de Christophe Rousset. Photographie © DR.

Christophe Rousset, à son habitude, avec son extraordinaire nœud papillon, est parfaitement à l'aise dans ses baskets. Avec plénitude, délicatesse, rondeur, une dynamique qui ne se dément pas, sachant respirer à bon escient, il imprime sa marque à toutes les pièces instrumentales, aux ouvertures en particulier, prises dans un tempo allant, mais nuancées à l'extrême. Le riche programme nous entraîne de Lully à Haendel, en passant par Purcell (d'où le titre) et Rameau.

De Lully, pour commencer, un air d'Amadis, suivi de sa chaconne, précédé de son ouverture. Celle-ci a toute la majesté requise, mais aussi la légèreté et la grâce. La direction inspirée, souple, attentive, impulse ce qu'il faut d'énergie, impose des phrasés exemplaires, des accents toujours justes, des nuances et des contrastes parfaits. Ian Bostridge s'avance.  Comment ne pas penser à un autre grand, Hugues Cuenod1 ? Le jeune quinquagénaire a la même silhouette dégingandée, ce seront le même engagement vocal, les mêmes mimiques. La comparaison s'arrêtera là, car si l'éclectisme les rapproche, autant Cuenod a toujours été un merveilleux dilettante, au meilleur sens du terme, autant Ian Bostridge règne souverainement sur tout ce qu'il chante, de Lully à Britten. La plainte d'Amadis, « Bois épais », est d'une conduite et d'un soutien admirables. La ligne, les couleurs sont là, servies par une voix exceptionnelle. La chaconne surprend par son phrasé, un flux splendide, modelé, animé comme il se doit, nerveux, contrasté, avec des cordes parfaites et des flûtes babillardes. Le célèbre air d'Armide,  le sommeil de Renaud « Plus j'observe ces lieux », est un sommet : si l'émotion y est discrète et souriante, le paysage est joliment dessiné, le chant de Ian Bostridge lui confère une élégance et une aisance aristocratiques. La diction est remarquable, tout comme l'intelligence du texte et du livret. Renaud sombrant dans le sommeil est chanté par un magicien !

Purcell est illustré également par deux ouvrages (Didon et Enée, et The Fairy Queen). L'air du marin, de Didon, adopte un ton simple, prosaïque, bon enfant, dansant, l'orchestre se substituant au chœur des marins. Les deux airs de The Fairy Queen ont une autre ambition : l'atmosphère poétique, renforcée par les flûtes à bec dans l'entrée du secret « One charming night », puis l'enchantement d'un automne sensuel « See my many coloured fields », avec de belles basses et un remarquable violoncelle solo. Le continuo s'y montre efficace et discret. Le divertissement de la danse des Chinois, termine la première partie sur une note souriante et tonique.

Un Rameau2 peu commun pour commencer la seconde partie : Pygmalion2, acte de ballet, qui comporte, entre autres, deux airs absolument superbes, écrits pour le célèbre Jelyotte. Les moyens requis sont prodigieux et Ian Bostridge en fait montre avec un engagement exceptionnel. La ligne de chant, d'un soutien et d'une longueur rares, a un galbe superbe. La voix, sonore, projetée à merveille, égale dans toute sa large tessiture, excelle à modeler le son, à l'orner avec un naturel qui force l'admiration. C'est un régal permanent, servi par un orchestre coloré, souple, réactif comme on en rencontre peu. À signaler également l'important ballet, d'une élégance ravissante avec les gazouillements des deux traversières.

La gloire de Haendel n'a sans doute jamais été aussi grande. De Jephta et de Semele, Ian Bostridge a retenu un récitatif accompagné et deux airs, introduits par les ouvertures de chacun de ces opéras. La dimension orchestrale confère à ces pages d'anthologie une force singulière. Ainsi le motif crescendo obstiné des basses de « Waft her, angels » (Jephta) et la grandeur de l'air de Jupiter (Semele). Ian Bostridge chante ses personnages avec une vitalité et une vérité admirables, le ton est toujours juste. Son agilité, l'art et la liberté de l'ornementation, les qualités rares d'articulation emportent l'adhésion. Le public fait un triomphe au soliste, au chef et à l'orchestre et sera récompensé par deux bis (dont un des airs de Pygmalion).

Ian Bostridge. Photographie © D.R.

Cette première collaboration de Ian Bostridge et de Christophe Rousset a été enregistrée et sera diffusée sur Culturebox lundi 21 mars à l'occasion de la journée européenne de la musique ancienne. Espérons que le concert donnera lieu à la publication d'un DVD et /ou d'un CD !

Eusebius
16 mars 2016
   

1. Rares seront bientôt ceux qui ont eu l'immense chance de l'écouter et de le voir. Disparu en 2010 à 108 ans, le ténor vaudois a traversé tout le XXe siècle, chantant encore à 85 ans l'Empereur de Chine de Turandot au MET. Un personnage vraiment hors du commun, curieux de musique ancienne comme de création contemporaine, il promenait sa silhouette dégingandée dans le monde entier.

2. À Dijon !

3. Au point que Raphaël Pichon appelle ainsi son ensemble…  (le 22 mars à Dijon, il dirige la Passion selon Saint Matthieu, avec une distribution remarquable).

 

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