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mardi 27 décembre 2016

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A horas truncas : les tangos actuels du Cuarteto Lunares

Cuarteto Lunares (tango actuel), A Horas Truncas. Aurélie Gallois (violon), Carmela Delgado (bandonéon), Gersende Perini (violoncelle), Lucas Eubel-Frontini (contrebasse). Ruta Records 2016.

27 décembre 2016, par Jean-Marc Warszawski ——

Le tango n'a pas mis bien longtemps à envahir le monde depuis Buenos Aires à la fin du xixe siècle. Qui en France, parmi les amateurs de bal populaire n'a pas dansé sur La Cumparsita, El Choclo, Adios Muchachos, des tangos ayant perdu au passage leurs paroles coquines, politiques ou argotiques. Igor Stravinsky, Alban Berg, Darius Milhaud composent des tangos.

Devenu musique nationale en Argentine, le tango est également devenu débat national, entre délassement festif dansant et musique exigeante de concert, essentiellement instrumentale. La junte militaire interdisant les assemblées populaires dans les années 1950, le tango décline et prend un coup de vieux sous la poussée du rock. Mais il n'est pas mort. Des compositeurs comme Osvaldo Pugliese ou Astor Piazzolla prennent le genre en mains qui deviendra le nuevo tango, de même pour les chanteurs et musiciens de l'aile dansante. Le tango n'est plus simplement une danse de couple, il est un genre, toujours tango, mais aussi valse, milonga ou habanera, ou rien de dansant.

En France, dans les années 1970, le Cuarteto Cedrón, chantant en concert les grands poètes (un retournement), participe à la propagation du genre, tout comme le bandonéoniste Juan José Mosalini dont on a souvenir, entre autres, de son fameux trio avec le pianiste Gustavo Beytelmann et le contrebassiste Patrice Caratini. Mosalini crée d'ailleurs la première classe académique de bandonéon en 1999 au Conservatoire de Gennevilliers, alors qu'une tradition de tango à écouter est déjà bien établie en France, en témoigne par exemple l'activité d'Olivier Manoury, tirant et poussant  les soufflets de sa grosse boîte noire depuis 1979.

Parler de musique savante (ou classique) contre musique populaire n'a aucun sens ici, pas plus que dans le cas de la musique  Klezmer, des polyphonies Corse, du musette parigot depuis le génial et belge Gus Viseur dans les années 1930, du flamenco, du jazz manouche, etc. Nous pensons plutôt à deux manières d'être, faute d'un meilleur inventaire et meilleure formulation, entre musique vivante et musique académique, intellectualisation d'une pratique et pratique d'une intellectualisation, dont chacune a ses plaisirs et beautés, que le tango permet particulièrement de bien marier.

Le Cuarteto Lunares, formé en 2010, a des manières plutôt académiques formées au conservatoire de Gennevilliers (avec entre autres le grand Mosalini) ou au Conservatoire de Paris, avec la série de récompenses de concours qui suivent, ainsi que d'importants postes d'orchestre. Mais les quatre  instrumentistes sont également nés dans la pratique de leurs familles musiciennes, là guitariste de flamenco, ici chanteuse de jazz, et se sont immergés dans les pratiques vivantes, irlandaises ou flamencas, sans oublier les répertoires classique et baroque.

Aurélie Gallois (violon), Carmela Delgado (bandonéon), Gersende Perini (violoncelle), Lucas Eubel-Frontini (contrebasse).

Le programme de ce cédé est composé de douze œuvres de compositeurs essentiellement argentins, nés dans les années 1970, dont une création. D'où le sous-titre  « tango actuel ». Mais en réalité on y retrouve les idiomes traditionnels qui font que le tango est tango, et en effet, également des traits d'écriture et des mises en harmonie  plus contemporains. Les très bons arrangements, pour ne pas dire excellents, sont de la violoniste Aurélie Gallois.

Peut-être les beautés académiques prennent-elles le pas sur les beautés vivantes. Les élans violents vite retenus, les cris aussitôt rengorgés, les prières rempochées avec fierté, tous ces gestes d'amour, de colère, de tristesse, de démonstration de force ou d'aveu de faiblesse, qui se chassent les uns des autres, sans développer, sans conclure (c'est un peu brahmsien tout ça !), nous semblent quelque peu assagi, un peu trop régulier dans ses contrepoints, ses accentuations, ses étirements, ses cassures, ses exagérations théâtrales...

Un cédé plein de qualités sonores, d'interprétation et d'homogénéité. Mon épouse me l'a piqué avant que je ne l'aie entièrement écouté, c'est un signe.

Ramiro Gallo, Al amigo Pablo Rago (extrait), plage 8.

 

1- Enigmatico, Camillo Ferrera.

2- Contrapopeando, Ramiro Boero.

3- Insomnios, Ariel Rodriguez.

4- Desiderio, Ramiro Boera.

5- Desolacion, Agustin Guerrero.

6- Dulce Casero, Sonia Possetti.

7- El Equilibrista, Gerardo Martinez Argibay.

8- Al amigo Pablo Rago, Ramiro Gallo.

9- Anthracite, Bastien David (création).

10- Quinquela, Ramiro Boero.

11- El Sur, Ramiro Gallo.

12- Chaly, Andrés Linetsky.

 

 

Jean-Marc Warszawski
27 décembre 2016

 

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