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Triomphal David Grimal dans Sibelius

 

En répétition, David Grimal et les Dissonances. Photographie © DR

Opéra de Dijon, Auditorium, 5 février 2015, par Eusebius ——

Avant Le Havre puis la Philharmonie de Paris, David Grimal et ses Dissonances nous reviennent à Dijon avec un beau programme. Ils nous ont habitués à intercaler une pièce de musique de chambre entre deux œuvres symphoniques, et l'on ne peut que s'en réjouir. C'est en effet un excellent moyen de réduire les clivages entre publics et de faire apprécier au plus grand nombre des œuvres qui n'auraient pas forcément motivé leur déplacement. D'autre part, le quatuor enchâssé dans un écrin symphonique constitue une sorte de respiration et prend une dimension singulière.

L'Ouverture du Songe d'une nuit d'été de Mendelssohn, quoi de mieux pour commencer ? Les traits aériens des violons, la vivacité de l'ensemble séduisent toujours autant. Merveille d'orchestration qui, à elle-seule, justifierait que Mendelssohn figure au même rang que Haydn, Mozart, Beethoven et Berlioz au panthéon des musiciens. L'orchestre s'est affranchi du chef, c'est son caractère distinctif. Chacun assume pleinement ses responsabilités et son engagement, à l'écoute de l'autre, chacun s'est approprié toute la partition, ce qui confère une dynamique extraordinaire à l'ensemble. La jubilation serait parfaite n'étaient les accords initiaux des bois : les attaques, faute du geste directeur, n'ont pas la précision attendue. Dommage.

Le premier quatuor de Ligeti, Métamorphoses nocturnes, est maintenant un classique. Ainsi son interprétation, non loin d'ici, en 2013, par le jeune quatuor Noga nous avait-elle particulièrement séduit. Descendante directe du 4e quatuor de Bartók1, cette partition redoutable et complexe captive l'auditeur qu'elle entraîne dans un univers fabuleux. La version qu'en donnent David Grimal et ses complices est olympienne, d'une perfection qui égale celle des Arditti. Mais, est-ce l'effet du cadre, surdimensionné, de la distance ou du choix des quartettistes ? Si la violence féroce, démoniaque est insurpassable, tout comme la précision, parfaite, le lyrisme (S, andante tranquillo, V, con eleganza, un poco capriccioso, puis, à 660,  allegretto un poco giovale) reste très contenu, apollonien. Le nombreux public, qui pour l'essentiel devait découvrir cette page exceptionnelle, fait un triomphe, mérité, au quatuor.

Le concerto pour violon de Sibelius, descendant direct de ceux de Mendelssohn, de Bruch, de Brahms et de Tchaïkovski, s'il en hérite une virtuosité qui peut tourner à l' « exhibitionnisme »2 n'en appartient pas moins au meilleur répertoire concertant : ancrage romantique et national fort, originalité de la conception où soliste et orchestre n'échangent que très rarement  leur matériau thématique, organisation singulière du discours. Au lieu du dialogue habituel aux premiers mouvements de concerto, celui-ci nous réserve un véritable affrontement, avec un violon jaloux de son indépendance, qui nous offrira sa cadence au milieu de l'allegro moderato. Singularité de l'introduction par les bois de l'adagio di molto, malgré sa structure accoutumée (forme lied), où le violon, plus lyrique que jamais, chante sa splendide mélodie. Finale où l'orchestre propose une sorte de canevas rythmique, ostinato énoncé la première fois en canon par les timbales et les cordes graves, sur lequel le violon semble improviser.  Hommage indirect à Brahms, le bienfaiteur ? Les combinaisons de 3/4 et de 6/8 que ce dernier affectionnait particulièrement suffiraient à nous en convaincre.  L'écriture violonistique en est remarquable, bien que méprisée en son temps par Joachim. David Grimal et son orchestre sont portés par l'œuvre. Le violon, chaleureux, ample, avec de superbes graves, profonds, déploie une extraordinaire palette de couleurs, la polyphonie est exemplaire, les traits les plus virtuoses sont exécutés avec une aisance prodigieuse. Jamais David Grimal ne force le trait ni les effets, son jeu expressif et fin relève d'une saine virtuosité, colorée à souhait, variée. Le chant est lyrique, pudique et dense, les phrasés d'une rare éloquence. L'orchestre, puissant, lumineux, pleinement engagé dans une communion exemplaire avec son animateur et soliste, donne à cette page valeur de référence. L'enthousiasme du public3 est exceptionnel, à la mesure de ce moment de bonheur. On attend l'enregistrement !

Eusebius
6 février 2015

1. avec, cependant, un passage burlesque qui tient autant du « Jeu de couples » du Concerto pour orchestre que de Chostakovitch.

2. Marc Vignal, Jean Sibelius, Fayard, 2004, p.397

3. récompensé par un généreux bis.  

 

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