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Michel Rusquet, Trois siècles de musique instrumentale : un parcours découverte. IV. Entre Bach et Mozart : Allemagne ; France; Italie ; Bohème ; Autriche ; Angleterre ; Espagne et portugal.

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Les sonates pour clavier de Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788)

Introduction ; sonates pour clavier ; autres œuvres pour clavier ; œuvres pour orgue ; œuvres de chambre ; œuvres concertantes ; les symphonies.

Pendant toute sa vie ou presque, Carl Philipp Emanuel écrivit pour le clavier, et les nombreuses pièces qu'il nous a laissées — on en compte quelque trois cents, dont une moitié de sonates — constituent réellement le cœur de son œuvre. De plus, on lui doit d'avoir joué un rôle majeur dans l'évolution de l'écriture pour clavier : « La profonde mutation sonore et technique causée par le passage du clavecin au piano-forte, avec comme intermédiaire le clavicorde – instrument préféré de Carl Philipp Emanuel, appelait une transformation de l'écriture de clavier. L'extrême sensibilité des mécanismes du clavicorde et du piano-forte, malgré leur sonorité limitée, permettait de réaliser dans chaque composition une grande variété d'effets dynamiques et expressifs. Le traitement polyphonique des différentes parties de la phrase musicale, si conforme aux possibilités du clavecin, était remis en question au profit d'un assouplissement quasi vocal de la ligne mélodique : la voix supérieure devenait l'élément expressif et chantant, les voix inférieures se chargeant de l'accompagnement. Carl Philipp Emanuel fut l'un des artisans de ce renouvellement de l'écriture. Il sut notamment effectuer avec bonheur la transposition du style vocal dramatique dans sa musique de clavier. »3

Dans ce vaste corpus, ce sont les sonates qui occupent légitimement le devant de la scène, mais il y a aussi  de bien belles pages à glaner dans les autres pièces qui nous sont parvenues.

On a fait de Carl Philipp Emanuel, avec un brin d'exagération peut-être, le père de la sonate classique. Ce qui est sûr en revanche, c'est que, comme Marc Vignal l'a souligné, il fut le premier à inscrire ce genre au cœur de sa production, bien avant Haydn et Beethoven.

Sur les quelque cent cinquante Sonates, qui pour la plupart obéissent au plan en trois mouvements (vif-lent-vif), il en est un certain nombre dans lesquelles notre musicien, dans le louable souci de satisfaire tous les publics, a cédé à une certaine facilité privilégiant l'attrait immédiat. Il ne s'en cachait apparemment pas, lui qui, sur le tard, alla jusqu'à conseiller à un jeune confrère: « Dans les choses qui doivent être publiées, et qui donc appartiennent à tout le monde, soyez moins artiste, et donnez plus de sucre… »  On ne s'étonnera donc pas de relever que les meilleures de ses sonates ne figurent pas nécessairement dans les divers recueils qu'il fit paraître de son vivant, mais plutôt dans celles qu'il préféra garder par-devers lui, et que l'on retrouve dans les séries numérotées Wq 62, Wq 64 et Wq 65 du catalogue établi en 1905 par Alfred Wotquenne (NB : dans la revue à suivre, nous donnerons systématiquement les références issues de ce catalogue, en y ajoutant dans nombre de cas — sous la lettre « H » — celles du nouveau catalogue dû à Eugene Helm).

Sonates « prussiennes » (Wq 48) et « wurtembergeoises » (Wq 49)

Lorsqu'il publia ces deux premiers recueils (en 1742 pour les six Sonates prussiennes et en 1744 pour les six wurtembergeoises), Carl Philipp Emanuel avait déjà à son actif une vingtaine de sonates pour clavier, écrites (mais non publiées) entre 1731 et 1740. Il n'en était donc plus à ses premiers essais dans le genre, et si ces deux recueils suscitent depuis toujours un vif intérêt, c'est que, déjà, ils portent très nettement la marque personnelle du musicien. Tout au long de ces douze sonates « se dessinent les traits d'un compositeur révolutionnaire qui exprime dans la musique pour clavier des émotions toutes nouvelles. Quelques-uns des traits les plus frappants du style d'Emanuel sont : une langue harmonique audacieuse avec des dissonances incisives et d'éblouissantes combinaisons d'accords, des points d'orgue dramatiques, des silences inattendus, des altérations du tempo, de brusques passages du majeur au mineur accentués encore par des effets dynamiques changeants et l'emploi de registres différents. »4

Certes, on pourra observer dans les six Prussiennes, que le musicien dédia à Frédéric II, comme un souci de garder une juste mesure entre tradition et nouveauté : certains mouvements rendent visiblement hommage au contrepoint cultivé par J.S. Bach , et Emanuel souscrit encore à l'influence de la musique italienne. Mais les brusques échappées du compositeur n'en sont que plus frappantes, par exemple dans l'Allegro initial de la Wq 48/4 (H 27) en ut mineur, et surtout dans les deux premiers mouvements de la Wq 48/6 (H 29) en la majeur  : « Traits et rythmes multiples s'épanouissent avec exubérance dans l'Allegro initial : valeurs pointées à la française, silences en point d'orgue caractéristiques du Sturm und Drang musical, virtuosité et liberté dignes de Joseph Haydn. Une mélodie douloureuse et mélancolique s'épanche dans l'Adagio en fa dièse mineur»5

Carl Philipp Emanuel Bach, sonate « prussienne » opus Wq 48, no 6, « prussienne », en la majeur, pour clavecin, par Pieter-Jan Belder

Les six Wurtembergeoises, ainsi nommées pour avoir été dédiées au duc Charles de Wurtemberg, forment « la suite rayonnante des précédentes, allant davantage encore dans le sens du Sturm und Drang, favorisant les tonalités mineures (trois sonates sur six), poussant de plus en plus le genre de la sonate dans celui de la fantaisie, triomphant dans ce qu'Emanuel lui-même appelle la surprise calculée »6

Carl Philipp Emanuel Bach, Sonate « Wurttenberg » Wq 49 n° 1, en la mineur, pour clavecin, par Pieter-Jan Belder

 

Carl Philipp Emanuel Bach, sonate Württemberg Wq.49, no 5 en mi♭majeur, pour clavecin, par Pieter-Jan Belder

Sonates (Probestücke) du Versuch (Wq 63)

Lorsqu'il publie en 1753 son fameux Essai sur la vraie manière de jouer du clavier (Versuch über die wahre Art das Clavier zu spielen) où il érige la passion et l'émotion en vertus cardinales (« Pour émouvoir, soyez ému vous-même »), Emanuel y joint dix-huit Probestücke (Exemples) visant à illustrer sa méthode, et, en les distribuant par séries de trois, les réunit en six sonates. Fidèle à ses principes, il y met en œuvre tout un arsenal de  ressources émotives : chacun des dix-huit morceaux est écrit dans une tonalité différente ; les indications de caractère (con tenerezza, tranquillamente, amoroso, con spirito…) se font de plus en plus présentes et insistantes ; et, tout aussi frappant, on observe un recours croissant aux indications de dynamique, avec des contrastes fortement appuyés entre le double forte et le triple piano.

De la première à la sixième, le musicien classe ces pseudo-sonates dans un ordre croissant de difficulté, et c'est, sans surprise, dans les dernières qu'on trouvera le plus de substance : ainsi de la Wq 63/4 (H 73), avec notamment son magnifique allegro siciliano e scherzando ; ainsi également de la Wq 63/5 (H 74), surtout grâce à un adagio assai particulièrement émouvant, la palme revenant cependant à l'ultime Wq 63/6 (H 75) : un allegro di molto quasi beethovénien, puis un admirable adagio affetuoso, et, pour finir, cette Fantasia en ut mineur qu'on désigne parfois sous le nom de Hamlet Fantaisie. « L'étonnante intensité émotive de cette fantaisie fut si profondément ressentie par les contemporains qu'un ami d'Emanuel, le poète W. Gerstenberg, tenta de transformer ce morceau purement instrumental en une manière de cantate par l'adjonction de récitatifs dont l'un est inspiré par le monologue d'Hamlet, l'autre par les dernières paroles de Socrate vidant la coupe de poison. »7

Carl Philipp Emanuel Bach, Fantasia Wq 63/6 (H75), par Cristiano Holt

Sonates avec reprises en variations (Wq 50 – 51 et 52)

Nous avons là trois séries de six sonates que le musicien publia respectivement en 1760 (recueil dédié à la princesse Amélie), 1761 et 1763. « A l'époque où furent publiées ces trois séries, l'usage était de varier les reprises d'une sonate, et les interprètes avaient toute latitude pour le faire à leur façon. De même qu'un jour Beethoven réagira contre la liberté laissée au pianiste d'improviser les cadences de concertos et rédigera au complet les siennes, de même Philipp Emanuel décide ici d'écrire lui-même, puisque c'en est la mode, ses reprises variées. Dans ces variantes ornementales, il révèle des trésors d'invention, d'adresse, de finesse. Son public en redemande … »8   De sorte qu'après le succès de sa première série de six sonates mit veränderten Reprisen, il en donnera coup sur coup deux nouvelles séries (Fortsetzung puis Zweite Fortsetzung), n'hésitant pas à puiser à cet effet dans son stock de sonates plus anciennes restées inédites, quitte d'ailleurs à oublier parfois en cours de route l'objet qu'il s'était assigné…

Si elles se révèlent d'un intérêt très inégal, ces dix-huit Sonates mériteraient d'être plus souvent fréquentées par les interprètes. Parmi les meilleures pages, citons la Wq 50/5 (H 126), surtout pour son poignant Larghetto en sol mineur ; la Wq 50/6 (H 140) en ut mineur, dont Guy Sacre souligne l'écriture incisive, trouée de silences, et les motifs fébriles ainsi que les fortes oppositions de dynamique ; la fort belle Wq 51/4 (H 128) en mineur ; la Wq 52/1 (H 50), avec son Adagio assai en ut mineur si expressif et son merveilleux Presto final que le même Guy Sacre situe à mi-chemin entre un prélude de J.S. Bach et un exercice de D. Scarlatti ; la Wq 52/4 (H 37) en fa♯mineur, la seule du musicien dans cette tonalité ; et la très belle Wq 52/6 (H 129) en mi mineur.

Carl Philipp Emanuel Bach, Sonate Wq 51/2 (I. Adagio sostenuto, Presto) par Jean-Baptiste Fonlupt, piano.

 

Carl Philipp Emanuel Bach, Sonate en fa dièse mineur Wq 52/4 (H 37), I. Allegro, par Rustem Hayroudinoff, piano.

Sonates faciles (Wq 53) et « à l'usage des dames » (Wq 54)

Ecrites au cours des dernières années berlinoises du compositeur, et publiées respectivement en 1766 et en 1770, ces deux nouvelles « petites » séries de six Sonates ne justifient guère plus qu'une citation pour mémoire. On y trouvera bien ici et là quelques manifestations du talent du musicien, en particulier de son art du cantabile. Certains ont même pu voir dans un mouvement d'une des Damensonaten (l'Andantino de la Wq 54/4) une étonnante anticipation de l'Adagio du 23e concerto de Mozart. Mais on ne saurait trop attendre de ces œuvres qui visaient surtout à satisfaire le goût le plus commun.

Sonates « pour connaisseurs et amateurs » (Wq 55 - 56 – 57 – 58 – 59 et 61)

On a là un total de dix-huit sonates réparties entre six recueils successifs publiés entre 1779 et 1787, c'est à dire au cours des dix dernières années (hambourgeoises) du musicien. Deux particularités : alors que le premier (Wq 55) de ces recueils est — classiquement — composé de six sonates, les deux suivants (Wq 56 et 57) juxtaposent trois sonates et trois rondos, et les trois derniers (Wq 58 – 59 et 61) ne contiennent plus que deux sonates chacun, le compositeur y adjoignant chaque fois des rondos et des  fantaisies. D'autre part, s'agissant spécifiquement de ces dix-huit Sonates für Kenner und Liebhaber, on remarquera que plusieurs d'entre elles avaient en fait été écrites au cours des dix dernières années berlinoises d'Emanuel.

Quoi qu'il en soit, nous avons là des sonates de la grande maturité du musicien, où il continue « d'explorer une forme à laquelle il a donné déjà tant de beaux fleurons ; il s'y emploie avec des techniques nouvelles et variées (on notera en particulier l'usage de mouvements enchaînés), une texture influencée par le piano, un goût recommencé pour la virtuosité, une liberté accrue, une palette sensible plus large, où la passion comme l'humour, la gravité comme l'ironie se colorent de teintes toujours plus recherchées. »9  De fait, on ne saurait tout dire ici sur les vertus — aussi diverses que variées — de ce corpus de sonates.  Les six de la première série (Wq 55) mériteraient, à un titre ou un autre, d'être citées au tableau d'honneur, même si deux d'entre elles accaparent l'attention, la Wq 55/4 (H 186) en la majeur et, plus encore, l'étonnante Wq 55/6 (H 187) en sol majeur. Et, bien que moins fréquentées encore, les sonates des recueils suivants recèlent elles-mêmes bien  des pages admirables ; on met souvent en exergue la Wq 59/3 (H 282) en si♭ majeur, dans laquelle on a voulu voir un portrait du compositeur, et qui s'impose de toute manière par son turbulent allegro initial, mais d'autres moments s'imposent tout autant à l'auditeur, tels que le très réjouissant Presto de la Wq 56/4 (H 269), l'étonnant et superbe Allegro assai de la Wq 57/6 (H 173), et a fortiori le second mouvement de la Wq 57/4 (H 208) : ce « cantabile e mesto en sol mineur, à 3/8, est un des plus saisissants mouvements lents de toutes les sonates d'Emanuel Bach… Tout y concourt : chromatismes lancinants, harmonies napolitaines […], imitations vraiment parlantes, soudaines équivoques rythmiques […], accords de septième diminuée accentués, etc. On pourrait suivre cela à la trace, qui n'expliquerait pas cette continuité, ce souffle ; le caprice a fait durablement place ici à l'émotion la plus nue. »10

Carl Philipp Emanuel Bach, Sonate Wq 55/4 (H 186) en la majeur par Marc-André Hamelin, piano (enregistrement public)

 

Carl Philipp Emanuel Bach, Fantasia I, Wq.59/5 Mathieu Dupouy, clavicorde.

Autres sonates (Wq 62 – 64 et 65)

Après le survol des divers recueils qu'Emanuel fit publier de son vivant, voici les autres sonates, restées ou non inédites, qu'il écrivit à diverses époques de son existence sans jamais chercher à les publier en recueils, ce qui, on l'a vu plus haut, ne veut pas dire, loin s'en faut, qu'il les tenait pour médiocres. En vérité, et les interprètes ne s'y trompent pas, c'est pour une bonne part dans ce vivier (les 24 sonates répertoriées Wq 62, les 6 classées Wq 64 et surtout les 50 de la série Wq 65) qu'on trouvera les fleurons de sa production, des sonates qu'il jugeait sans doute trop difficiles (pas assez « sucrées…) ou trop personnelles pour les livrer en pâture au public d'alors.

Certes, on a vite fait de se perdre dans ce vaste ensemble de quatre-vingt sonates, et toutes ne sont pas immortelles, d'autant que certaines correspondent aux tout premiers essais du musicien dans le genre, au temps où il était encore à Leipzig ou à Francfort-sur-l'Oder. À cet égard, on pourra mettre à profit la numérotation du catalogue Helm qui présente les œuvres dans l'ordre chronologique, avec par exemple H 2 pour la sonate Wq 62/1 écrite en 1731 (mais révisée en 1744) et H 280 pour la Wq 65/48 composée en 1783. Pour autant, le vrai passionné ne dédaignera pas de faire un détour par les plus anciennes de ces œuvres, car même si la plupart ont été retravaillées par la suite, on y trouve des marques touchantes de l'enseignement reçu de Jean-Sébastien : ainsi, le Presto initial de la Wq 62/1 (H 2) en si♭majeur apparaît comme une paraphrase de l'Invention en fa majeur BWV 779, et, dans la presque contemporaine Wq 65/3 en re mineur, on a un mouvement lent qui semble bien être calqué sur le modèle du célèbre Concerto italien. Quand, en plus, comme avec celle proposée ci-dessous à l'écoute, il nous est donné d'entendre une de ces sonates merveilleusement jouée au clavicorde, c'est un peu comme si nous avions le privilège d'accéder à l'intimité du compositeur.

Carl Philipp Emanuel Bach, Sonate en la mineur Wq 65 /2 (H 4) par Miklos Spanyi, clavicorde.

En vérité, dans l'exploration de ce vaste ensemble, on aurait tort de filer tout droit vers les sonates de la plus haute maturité, car, au cours de sa première époque berlinoise (jusqu'aux environs de 1750), dans un art devenu de plus en plus personnel, le musicien montra avec éclat qu'il avait de nombreuses cordes à son arc. En témoignent par exemple la Wq 65/13 (H 35) en si mineur, avec en particulier un premier mouvement d'une belle et profonde gravité ; la Wq 65/22 (H 56) en sol majeur, avec son étincelant finale très scarlattien, après un tendre Andante sur lequel plane encore le souvenir de Jean-Sébastien ; et, plus que tout, la fantasque (parfois même déroutante) Wq 65/17 (H 47) en sol mineur: « Fantaisie plutôt que sonate, en trois mouvements enchaînés », note Guy Sacre, qui y voit l'une des plus admirables sonates de l'auteur.

Carl Philipp Emanuel Bach, Sonate en sol mineur Wq 65, 1, Viviana Sofronnitsky.

C'est toutefois parmi les sonates postérieures à 1750 qu'on trouvera le plus de vrais joyaux, et, plus que jamais, la place manque pour en faire l'inventaire. Citons entre autres la Wq 62/16 (H 116) en si♭majeur, surtout pour la troublante mélancolie de son Andante (un exemple de plus de ces mouvements lents où, comme le souligne Guy Sacre, « les fervents d'Emanuel Bach l'attendent avec émotion et sont rarement déçus ») ; la vigoureuse et superbe Wq 65/31 (H 121) en ut mineur, en laquelle le même Guy Sacre voit la « Pathétique » d'Emanuel ; l'ample et très réussie Wq 65/37 (H 174) en la majeur, avec son Allegro initial aux accents prémozartiens, un mouvement lent sombre et intériorisé, et un finale qui annonce Haydn (non sans quelques accents scarlattiens) ; la magnifique Wq 65/40 (H 177) en re majeur, où, entre deux mouvements vifs aussi parfaits que ceux qui naîtront de la plume de Haydn, s'inscrit un Larghetto en re mineur de toute beauté, dont le chant touche d'autant plus que les moyens employés sont d'une extrême discrétion ; la Wq 65/44 (H 211) en si♭majeur, une des rares d'Emanuel en deux mouvements, avec son finale proprement étourdissant ; la Wq 65/48 (H 280) en sol majeur, qui, plus encore que par son fantasque Allegro conclusif, frappe par la force expressive de son Andantino initial et le lyrisme de son Adagio ; enfin, la plus étrange, la plus « dérangeante » peut-être du lot, cette Wq 65/47 (H 248) en ut majeur, « une de celles qui vont le plus loin dans le bizarre et l'imprévu » selon Guy Sacre qui ajoute : « Les pianistes d'aujourd'hui devraient courir à la découverte de cette sonate extraordinaire, une de celles que l'auteur se réservait, loin du public des amateurs et connaisseurs de tout poil… »11

 

Carl Philipp Emanuel Bach, Sonate en ut mineur Wq 65, 31 (H3 121), 1757. I. Allegro assai ma pomposo ; II. Andantino pathetico ; Allegro scherzando.

 

Carl Philipp Emanuel Bach, Andante con tenerezza, extrait de la sonate Wq.65, 32, par Jean-Baptiste Fonlupt.

 

Carl Philipp Emanuel Bach, Sonate en la majeur Wq 65/37 (H 174) par François Chaplin, piano. I. Allegro ; II. Andante ma non troppo ; - III. Allegro di molto.

Carl Philipp Emanuel Bach, Sonate en ut majeur  Wq 65/47 (H 248) par Alexander Lonquich, piano (enregistrement public).

 

Carl Philipp Emanuel Bach, Sonate en sol majeur Wq 65/48 (H 280) par Robert Hill, pianoforte (enregistrement public, Freiburg, 29 avril 2014)

Notice biographique Musicologie.org

Notes

3. de Place Adélaïde, dans Fr. R. Tranchefort (dir.), Guide de la Musique de piano et de  clavecin, Fayard, Paris 1998, p.15
4. Geiringer Karl, Bach et sa famille : sept générations de génies créateurs (traduit de l'anglais par Marguerite Buchet et Jacques Boitel), Buchet/Chastel , Paris 1955, p.395-396
5. de Place Adélaïde, op. cit., p.17
6. Sacre Guy, op. cit., p.123
7. Geiringer Karl, op. cit., p.398
8. Sacre Guy, op. cit. , p.127-128 
9. Sacre Guy, op. cit., p.130  
10. Sacre Guy, op. cit. , p.133

 

 

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