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Quand planait l'ombre des hommes…

 

Paloma Kouider, pianiste du Trio Karénine. Photographie © Béatrice Cruveiller.

Montpellier, Festival Radio-France Montpellier Roussillon Languedoc, Opéra Le Corum, 21 juillet 2015, par Eusebius ——

Réduites le plus souvent à vivre à l'ombre des hommes, frère, époux, père ou fils, leur activité de compositrice n'a pas connu le retentissement mérité1. Les œuvres de six femmes du XIXe et de la première moitié du XXe siècle sont données par des interprètes de choix2.

Le trio pour piano, violon et violoncelle en mineur, opus 11 de Fanny Mendelssohn est au cœur du concert, encadré d'ouvres vocales et pianistiques dont il sera question plus loin. Le trio Karénine, lauréat de nombreux prix, fondé en 2009, s'est hissé parmi les plus brillantes formations de musique de chambre de sa génération.  Alors qu'elle avait 15 ans, Fanny avait reçu de son père l'injonction de se contenter de la musique comme d'un agrément. Brillante pianiste, elle ne renonça pas pour autant à l'écriture et nous laisse une œuvre abondante qui commence à trouver son autonomie. Ce trio fut écrit au terme de sa brève existence, en 1844. L'authentique romantisme de l'écriture, d'une belle facture, la marque d'une personnalité riche caractérisent cette pièce. Aucun mouvement ne laisse indifférent, de l'allegro molto initial, emporté, virtuose, très construit, au Lied (3e mouvement) frais, enjoué, simple et court. C'est un trio pour piano, avant tout : il domine le plus fréquemment, portant la marque de la virtuose que fut Fanny, illustrée magistralement par Paloma Koulder. Le violon de Fanny Robilliard et le violoncelle de Louis Rodde, quelque peu en retraits, nous offrent de beaux moments.

Marianne Crebassa. Photographie © D. R.

Le concert s'ouvrait par deux des trois romances pour piano, opus 21, de Clara Schumann. Edna Stern a choisi de les jouer en commençant par la deuxième (allegretto), suivie de la première (allegretto). Pages amples, empreintes de sensibilité, dont la langue est bien celle qui fut commune au couple. L'affaire se corse avec l'arrivée de Marianne Crebassa3, plus que jamais rayonnante, au chant solaire. Évidemment le Madrid de Pauline Viardot, popularisé par Cecilia Bartoli, lui convient à merveille : notre grande mezzo a la voix ample, colorée, et le caractère de l'emploi. Très contrasté, toujours de la sœur de la Malibran, une découverte, Divin sommeil, sur un poème de Bordèse, dont l'écriture est surprenante. Le sommeil, la rêverie se traduisent par un chant déclamé sur une note, remarquablement ornée, commentée par l'accompagnement, puis par une extraordinaire progression enfiévrée qui retrouve le climat initial. Les qualités rares données au chant, qui ne fait qu'un avec un piano subtil, vif et emporté nous transportent.

Avant de les retrouver pour conclure, Edna Stern, dont la curiosité musicale est connue4 nous fait partager ses découvertes. Emma Kodály est la première, née Schlesinger (la dysnastie d'éditeurs berlinois et parisiens), elle épousa Kodály en secondes noces, et nous laisse des œuvres pour piano, des mélodies et des chœurs. Edna Stern joue ses Valses viennoises pour piano, au nombre de cinq, encadrées par une introduction et une coda (andante). Curiosité, témoignage des salons austro-hongrois, avec les poncifs post-romantiques, mais aussi des expressions variées, qui ont pour principal mérite de mettre en valeur le jeu extrêmement délicat, souple et puissant de l'interprète. La pièce suivante, écrite par la mère de Ferruccio Busoni, Anna Weiss-Busoni, est une improvisation (Improvvisata) dans le ton rare de si♭mineur. On trouve dans cette sorte de nocturne pot-pourri à la fois des échos de caf' conc', des passages élégiaques, où la valse est sous-jacente, dans une écriture très originale, d'une modernité indéniable (1855).

Ebna Stern. Photographie © archiwum NIFC.

Les chefs-d'œuvre sont pour la fin : Cinq lieder d'Alma Mahler, publiés par Gustav en 1910. Le premier et le deuxième « Die stille Nacht », de Dehmel, et « In meines Vaters Garten », de Hartleben, s'inscrivent dans le droit fil de la tradition germanique, avec le langage post-romantique devenu si familier. L'écriture mélodique et harmonique de « Laue Sommernacht » (Falke) en fait un bijou rare. La simplicité, la fraîcheur de « Bei dir ist es traut » s'accordent parfaitement au poème de Rilke. La brièveté du dernier (« Ich wandle unter Blumen », de Heine), digne de Schumann, permet de terminer sur une note apaisée. Ne me dites pas que l'auditeur est capable de discerner le genre, masculin ou féminin d'une œuvre… à ceci près que la brutalité, que je fuis, me paraît toujours étrangère aux œuvres, parfois fortes, écrites par des femmes.

 

Eusebius
21 juillet 2015

 

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