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L'Orchestre Dijon Bourgogne au mieux… avec un doute

 

Orchestre Dijon Bourgogne. ¨Photographie © Gilles Abbe.

 

Opéra de Dijon,Auditorium, 11 juin 2015, par Eusebius ——

Ambitieux programme que celui de ce soir, tant par l'exigence, la virtuosité que par l'audace. Commencer le concert par les Variations opus 30 de Webern, plus tout à fait contemporaines1  mais encore difficiles pour une large part du public, relève en effet d'une forme de défi, particulièrement pour un orchestre qui revient de loin, puisqu'il y a un an, ses jours paraissaient comptés. En grande formation, renforcé par des instrumentistes du PSEM, il paraît transfiguré par la vie qu'il donne à ces redoutables variations où tout est millimétré. La précision est remarquable, tout comme les nuances, d'un raffinement rare. Les cordes semblent métamorphosées, les pupitres sont équilibrés et la délicatesse surprenante. La direction particulièrement attentive de Gergely Madaras permet d'atteindre à une réussite remarquée.

Le public est venu pour « son » orchestre, mais aussi pour Thomas Bauer. Trois des Wunderhorn Lieder accompagnent les Rückert Lieder, de Mahler, choix étonnant, puisque l'on a coutume d'y associer Revelge et Der Tambourg'sell2. Si l'humour et le côté populaire sont fréquemment présents, la légèreté de l'orchestre fait défaut, le caractère chambriste est oublié, particulièrement par les cordes. Ce ne serait que demi-mal si l'équilibre n'était souvent compromis avec la voix, au demeurant fort belle, mais qui se trouve couverte par un orchestre pléthorique lequel semble avoir oublié la belle leçon donnée avec Webern3. Le chef semble davantage préoccupé par son orchestre que par l'écoute du soliste. Ne boudons cependant pas notre plaisir : le cor anglais, les bois sont admirables, articulés, avec des phrasés exemplaires. La plénitude des cuivres contribue à une belle pâte souvent raffinée. Enfin, Thomas Bauer se hisse au meilleur niveau dans Um Mitternacht, timbre chaleureux, intelligence du texte4, sensibilité et élégance sont au rendez-vous pour ce point culminant du cycle.

Thomas Bauer © Marco Borggreve.

La quatrième symphonie de Brahms conclut magistralement ce concert. Dès le premier mouvement, les déséquilibres se font jour : les cordes trop puissantes, lourdes, occupent le devant de la scène, réduisant les bois au rôle de faire-valoir. Le caractère massif sied mal à Brahms, ce n'est pas Bruckner ! Le romantisme est exacerbé, emporté, fougueux, et les contrastes quelque peu estompés. Les premiers violons, au timbre ingrat dans les forte, jouent très mécaniquement. La lisibilité est compromise par l'épaisseur. On manque d'air, de respiration. La direction, démonstrative, animée de grands mouvements romantiques a oublié le « ma non troppo » de l'allegro initial. L'andante moderato est pris rapidement, mais s'assagit bientôt. Enfin, on respire, particulièrement quand les bois chantent. Mais pourquoi les premiers violons jouent-ils si fort lorsque les contre-chants sont confiés aux autres parties ? Le chef confond joie et précipitation dans l'allegro giocoso : même exubérante, la joie n'est pas fébrile5. L'orchestre suit, virtuose, et offre de beaux moments. Heureusement le finale est porté à l'incandescence, construit, frémissant et fort : nous voilà rassurés sur la santé de l'ODB, en constant progrès. Commence l'âge de la maturité.

Eusebius
12 juin 2015

1. elles datent de 1940

2. publiés avec les 5 Rückert-Lieder sous le titre Lieder aus der letzte Zeit, en 1905.

3. chanter avec un orchestre, particulièrement nombreux, est une tout autre affaire que chanter avec piano, puissance et projection sont indispensables. Il y a un mois, la jeune Aurélie Marjot chantait dans le grand salon trois des Rückert Lieder avec piano, et l'équilibre était idéal.

4. le texte, essentiel à la compréhension des lieder — particulièrement quand ils sont donnés dans un ordre différent de celui du programme — ne pouvait-il être distribué, résumé, ou – mieux - traduit littéralement ?

5. repris en bis…encore plus pressé.

 

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