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Alexander Paley au service du grand répertoire russe

 

Montpellier, Festival Radio-France Montpellier Roussillon Languedoc, Opéra Le Corum, 17 juillet 2015, par Eusebius ——

Alexander PaleyAlexander Paley. Photographie © D. R.

Le récital, consacré exclusivement à la musique russe du tournant du siècle (xixe -xxe !), est un événement1. C'est par la magnifique sonate Reminiscenza, en la mineur, opus 38 no 1, de Nikolaï Medtner que le pianiste moldave commence. Sa posture surprend : lové sur le clavier, coudes serrés, la banquette au plus près du piano avec lequel il fait corps. Medtner, ami de Rachmaninov, au parcours comparable, s'inscrit dans la même veine post-romantique, tonale, puissante et riche, très contrapuntique. Le lyrisme singulier, contrasté, faisant alterner passages d'une simplicité naïve, schumanienne, et emportements fébriles, est splendidement rendu. On oublie Richter et Guilels. La plus large palette expressive, assortie d'un contrôle admirable, au service d'une œuvre sensible et belle. Abonné aux Blüthner, Alexander Paley fait sonner le Steinway de ce soir comme jamais.

Bien qu'ayant illustré tous les répertoires, de Bach et Rameau aux contemporains, en passant par Weber, notre soliste adore Balakirev, dont il a enregistré l'intégrale de la musique pour piano2. La sonate en si♭ mineur, opus 5, s'ouvre sur un motif rythmique sombre, grave. Le caractère dramatique est souligné, fondé sur un thème chromatique descendant, obsessionnel, le plus souvent en octaves à la main gauche. Alternent des épisodes rêveurs, directement inspirés par Chopin. La virtuosité est proprement diabolique. C'est du très grand piano. Le 2e mouvement, une singulière mazurka, rythmée, en suspension, puis élégiaque, traduit une rare originalité. L'andante conclusif n'est pas moins captivant.

Glazounov fait également partie de ces pianistes pour lesquels il est de bon ton d'afficher une certaine condescendance. Nombreux furent ceux qui s'étonnaient que l'on ait pu continuer à écrire ainsi en 1901, dans un langage post-romantique sans complexe. Sa première sonate pousse la dynamique aux extrêmes, comme dans celle de Scriabine qui suivra. L'influence des grands pianistes romantiques y est toujours perceptible, avec une écriture très soignée. Les traits d'une légèreté aérienne de l'andante, la fluidité et le brillant du finale, avec ses guirlandes étincelantes à la main droite sont propres à enthousiasmer le public.

La deuxième sonate de Scriabine, en sol♯mineur, opus 19 (1896) porte la marque du génie. La richesse de l'écriture, la puissance démentielle qu'elle déchaîne nous laissent fasciné. La virtuosité est transcendante, bien que très concentrée, ne porte jamais la marque de l'effort, et cette maîtrise suprême fait oublier, aussi, la vacuité de certains passages dont l'écriture démonstrative peut paraître gratuite, purement démonstrative.

Malgré un programme à couper le souffle, Alexander Paley, remercie un public conquis et enthousiaste par deux beaux bis, plus souriants : deux pièces d'Anton Rubinstein, dont une savoureuse valse.

Quatre Russes, post-romantiques3, faisant appel à une technique transcendante, illustrées par un géant du piano dont c'est le jardin secret, que demander encore pour atteindre à la félicité ?

Eusebius
17 juillet 2015

1. le récital est diffusé sur France-Musique le 20 juillet à 20 h ;

2. publiée en 2005 ;

3. toutes les œuvres, très slaves malgré leur dette aux romantiques, sont écrites en mineur.

 

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