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Un Stabat Mater de Dvořák réservé, par Philippe Herreweghe

 

Opéra de Dijon, Auditorium, 8 février 2015, par Eusebius ——

Philippe Herreweghe. Photoghraphie © DR.

Même si la musique religieuse de Dvořák commence à être connue du grand public, il y a fort à parier que la réputation de Philippe Herreweghe a suffi à remplir l'Auditorium. Les biographes nous expliquent que Dvořák commença son Stabat Mater après le premier décès d'un de ses enfants1. La douleur qu'expriment les dix parties de la séquence de Jacopo da Todi2 devait correspondre au désespoir du père. Le Stabat Mater, texte dramatique, tragique et doloriste s'il en est, a inspiré des centaines de compositeurs, dont Palestrina, Pergolèse, Rossini et Poulenc, pour ne citer que les plus célèbres. Celui de Dvořák réalise une fresque lyrique, tantôt tourmentée, tantôt sereine, toujours pudique, chaleureuse.

A la tête de son Orchestre des Champs-Élysées, composé d'instruments anciens3 et du Collegium Vocale de Gand, Philippe Herreweghe est dans son élément. Avec son chœur et d'autres interprètes, à part Florian Boesch, il l'a déjà gravé pour Phi, en 2013. Le chœur est superlatif, à son ordinaire, avec deux pupitres particulièrement homogènes et colorés : les ténors et les sopranes.

Philippe Herreweghe dirige avec retenue, efficacité, en articulant le texte confié aux chanteurs. Cette musique d'un romantisme tardif pourrait se prêter à une emphase vulgaire. Ici, rien de tel, évidemment,  mais un lyrisme grave, à la fois intense dans ses contrastes dynamiques et intime dans d'autres passages. En dehors des nuances, scrupuleusement respectées hormis quelques decrescendi (au chœur en particulier) à peine estompés, Philippe Herreweghe refuse tout effet, même lorsque l'écriture y invite. Ainsi, les ostinati rythmiques, avec leurs anacrouses, sont-ils édulcorés (no 7 et no 8 tout particulièrement). Cette surprenante pudeur altère quelque peu la tension dramatique que recèle le Stabat Mater.

Pourquoi ce placement acoustiquement malencontreux des solistes, entre les cordes et la petite harmonie, qui amoindrit considérablement leur émission4 ? L'homogénéité de leur chant est rare. Sarah Wegener est une remarquable soprano, à la voix ronde et souple, Renata Pokupic5 un grand mezzo. Magnus Stavenland, ténor au timbre séduisant, éclatant et sensible, conduit son chant avec art. Enfin, chacun apprécie le superbe Florian Boesch, baryton basse, puissant, avec une projection exemplaire, de belles couleurs aussi, malgré quelques césures ou respirations mal placées.

Ce premier concert d'une importante tournée (Bruxelles, Poitiers, Paris, Amsterdam) augure bien de la suite.

Le Collegium Vocale de Gand. Photographie © Collegiumvocale

 

Eusebius
8 février 2015

1. il devait en perdre deux autres peu après.

2. scrupuleusement suivies par Dvořák.

3. à part les timbales, modernes.

4. d'autant que le malheureux cor anglais risque une scoliose pour apercevoir le chef.

3. dont on se souvient du Nerone d'Agrippina, de Haendel, donné ici même en 2011. Elle a enregistré le Stabat Mater avec Laurence Equilbey.

 

 

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